Tu me regardes mais tu ne parles pas. Pourquoi ?

La musique me pince le front, c’est bon. Cela me fait mal, mais c’est bon.

J’aimerais bien voir une fleur. Une fleur violette et ronde.

Le vent ne bouge pas je crois.

Ma main, tu as vu ma main ? Elle  est bleue et blanche, comme la mer quand il fait très froid.

C’est beau la mer quand il fait froid. On dirait qu’elle est heureuse, elle devient plus profonde, elle tourne, elle devient plus vraie.

Une fois, j’ai vu un noyé sur les cailloux. Il n’y avait personne. Il était couché sur la plage. Il était nu et ses yeux étaient comme ouverts. Ils étaient fermés, mais on voyait à travers les paupières. J’avais un peu peur mais je l’ai touché. C’était dur et froid.

Moi aussi j’ai voulu aller dans l’eau pour devenir beau, comme lui. Je voulais qu’on voie mes paupières.

Mais j’avais froid.

Regarde cette musique qui peint des arbres sur le plafond. Des gouttes d’air qui tombent en dansant sur mes doigts, comme si elles voulaient me réconforter.

Ma main devient de plus en plus bleue.

Tous ces arbres qui dansent au son de la musique, toutes ces femmes nues qui te ressemblent et qui secouent leurs chevelures vertes. Vertes comme tes cheveux à toi.

Tu es triste, on dirait. Tu ne dis rien. C’est vrai, moi non plus je ne dis rien.

Ecoute : "dans la plaine de paille jaunie, parmi les ombres pauvres des arbustes  altérés, une ombre grandit, s’étale, que nul ne devine."

Tu le sais, n'est-ce pas, que je ne suis pas fou ?